Un copain du pensionnat, m’écrit de sa main les souvenirs d’une journée d’un penscu de lakanal

"Mon cher François,
C’est avec un peu de retard mais beaucoup de plaisir que je t’adresse ce petit texte en hommage à ton père , à mon pote Nanard.
Sa rédaction m’a permis de revivre avec lui des moments de forte intensité."

«24 HEURES , LES ANNEES CINQUANTE LYCEE LAKANAL
MON POTE NANARD
Le pavillon de l’Aurore du parc de Sceaux mérite bien son nom, il se croit obligé d’annoncer la fin de la nuit ou le début de la journée selon l’humeur, selon la saison ! suivant qu’il jette sur les fenêtres du lycée LAKANAL les rayons enflammés ou la lumière blafarde des réverbères épuisés. Comme il n’est pas certain d’accomplir sa mission, sa compagne stridente bien amarrée au mur du dortoir, sous les cache-moineaux désertés depuis longtemps, se charge de réveiller Nanard à coup de décibels prolongés. Peine perdue, enfoui sous un agrégat de tissus entrelacés édifié puis détruit par un sommeil perturbé, Nanard dort telle la momie égyptienne. 7h moins le quart. Trop tôt, mais trop tard pour les lavabos déjà colonisés par les forts en thème en quête de poils à couper ou à traquer devant le miroir. Nanard ouvre un oeil et devant cet effort exténuant on ne pourra jamais le convaincre d’en ouvrir un autre. Il réalise doucement que la petite aiguille est dépassée par la grande qui atteint bientôt le 12 au cadran de sa montre qu’il ne quitte jamais. La seule au chronomètre intégré ! Un cadeau de son oncle Jean Marie Loutrel qui fait du cinéma au Canada, brrr ! Raison de plus pour remonter ce qu’il reste de couvertures de draps, de serviettes. Vianey, le pion ayant épuisé le stock d’arguments convaincants cherche durenfort. Pas la peine, en 2 minutes tel Lazard Nanard ressuscite tout habillé comme la veille . Il travaille la mèche rebelle inclinant la tête en mouvements rythmiques un peu désordonnés.Le miracle a transformé sa couche en lit présentable comme les autres.
La descente se désorganise dans les grands escaliers cireux etbruyants. Les bols, couteaux, cuillers sont alignés comme pour la parade. Ça ne dure pas longtemps ! tout s’entrechoque, se heurtese catapulte, le lait le café laissent leurs traces sur les tables en flaques aux reflets animés. Où est ma tartine, mon beurre, maconfiote, non pas celle là, celle que ma mère m’a préparée ? Les Sioux (on dit maintenant les agents techniques) poussent leschariots tremblant sur un sol inégal, tellement bruyants qu’on pourrait croire qu’ils parlent. Les gouttes virevoltent de pot en pot, elles s’échangent en nappe sur les plateaux secoués. Vite, c’est l’heure, encore cette sonnerie , la petite aiguille s’approche dangereusement du 8 . C’est l’heure des demi-penscus ! Ils arrivent , bichonnés dorlotés chouchoutés sortant du dodo de papa maman. Ah les fourbes ! Passage en études où les affaires gisent dans l’état de la veille : éparpillées ou séquestrées dans les casiers ornés d’un cadenas souvent rebelles réclamant des pinces coupantes ! Les couloirs interminables et peuplés sont avalés plus vite que le bol de café. Qu’est ce qu’on a aujourd’hui ? Gym ? ah zut j’ai pas mes affaires, mais non on a maths avec Ramollo. Quelle salle ? 4è, 2è cour ? Encore la sonnerie, cette fois la petite est sur le 8 ! Le prof est là, sa serviette éculée détient le trésor convoité : « le triangle isocèle, ax2+bx+c, la cotangente, la trigo…
» Une heure d’écoute, une heure de contrainte, mais rassurante car passive l’éponge se fatigue-elle quand elle absorbe de l’eau ?
La sonnerie devient libératrice ! Elle se complait dans son rôle alternatif, soufflant tour à tour le chaud et le froid, l’enthousiasme
et la résignation. La récré. Les cris, les billes, les courses, la pelote basque sur les murs anguleux. La recherche d’un WC à la porte rassurante évitant des situations périlleuses quand l’arrière train est déséquilibré. On retourne en classe. Vient Monsieur Jacques Capellovici « give me an ice cream or I scream » Derrière son bureau on le voit à peine. Heureusement qu’il dodeline comme le skipper d’un 5 O 5 ! Il n’est pas encore connu mais Capello perçe sous Capellovici. La petite aiguille ne se fatigue jamais, elle atteint son but secret qu’on pense inaccessible : rejoindre la grande. Chose faite à midi !

Les fauves sont lâchés, canalisés vers le réfectoire. Qu’est ce qu’on bouffe ? des frites ? grouille toi, vas y plonge, plonge et replonge dans la gamelle on croirait qu’autour on a plumé une oie ! Aux tard venus les os ! On en a oublié les poireaux vinaigrette ou les betteraves poivrées. 10 minutes pour engloutir de quoi tenir jusqu’à 4 h. Distribution du courrier pour les plus veinards. Les p’tits malins qui s’écrivent soi même, glissant sournoisement des photos aguichantes. Plus forts encore ceux qui reçoivent des lettres aux formats inhabituels et aux timbres inédits : de Suède ! Ah le voyage de Mamö à Luleo (cercle polaire) en passant par Göteborg ! Les correspondantes suédoises, même les Sioux rêvaient aux séance de Sauna avec l’eau froide qu’on balance sur les buches incandescentes A nouveau les couloirs, puis les casiers d’étude qui libèrent les tenues de gym (survets basket) et voila la cour transformée en terrain de foot. Là Nanard excelle. La composition des équipes improvisées est soumise aux mêmes exigences. Les meilleurs sont choisis, Nanard en premier ! Le ballon c’est le centre du monde peuplé de passes, de dribles, de shoots de chutes, de cris, de oh, de wouahh !
13h30 ça sonne encore ! _ h d’étude. On révise l’interro de Français et on prévoit le cours de sciences nat ! Qui a le carnet de textes ? 2h moins 5, c’est reparti avec la même énergie qu’un groupe de chinois visitant les Tuileries. Le prof est déjà là. Il n’a pas joué mais digère gentiment son cassoulet. Personne ne s’assoit avant lui. L’estrade, c’est son domaine, son royaume, sonunivers. Il y règne non pas en despote mais en souverain. Il prononceles sanctions ou félicite les promus. Nanard est souvent gratifié pour sa prose, son imagination fertile et son vocabulaire étendu. Lupin le prof improvise des heures durant des récits de mémoire d’outre tombe qui 50 ans plus tard nous attireront vers Combourg mon donjon ! Il s’ébrouait dans la littérature comme un cheval libéré du harnais le fait dans la paille !

A ce moment on ne sait plus si la sonnerie est bienfaitrice. Les cartables sont rangés presqu’avec tristesse, mais ça ne dure qu’un faible instant, la perspective du gouter estompe la minute nostalgique. A nouveau la course vers la tablette de choco qui détient l’image de Kopa, Piantoni, Jonquet Jazy, Mimoun. On les veut toutes. Il me manque Coppi, j’ai 2 Géminiani ! A nouveau la cour, où le stade pour les sportifs. On chausse les pointes pour l’athlétisme, on se craie pour la gym, on prend le ballon pour le foot, le basket, le hand. Les penscu sont partis, nous sommes entre nous, c’est notre famille. La cour est à nous ! Les surgés sont dépouillés et les pions sont réveillés.

17h Encore la sonnerie :3 heures d’études avec occupations diverses,
révisions, lectures mais attention, pas toutes ! Pas de « j’irai cracher sur vos tombes » dans le fond de classe on murmure Brassens. Le gorille nous inquiète en même temps qu’il nous ravit. Sartre nous interpelle avec ses « mains sales ». Il y a desconcours d’équilibre sur 2 pieds de chaises, chronométrés par la montre de Nanard qu’il ne quitte jamais !
20h On sait quoi ? Elle nous indique le chemin du réfectoire. Y a pas presse, c’est des lentilles avec de la bidoche non libellée dirait-
on maintenant. Derniers assaut vers la crème caramel ou la grappe de raisin.
20h30 le cortège pénètre dans le dortoir, le sacro-saint dortoir le sanctuaire culturel. Les habits s’entassent sur les tables de nuit
à étage. On cherche désespérément son mouchoir contaminé pour se réinfecté. Il faudra attendre vendredi (jour de la lingerie)
pour un propre. Les dents caressées par la brosse dégarnie, on peut s’installer sur le lit de Nanard, en tailleur pour célébrer
le culte du dieu « Bridge ». Encore une fois Nanard se pique au trèfle sans jamais se défausser à coeur.
21h 30 la sonnerie épuisée libère les rêves et les fils dénudés du poste à galène dissimulé sous les draps, se fixent sur les radiateurs.
La musique embryonnaire crachote les derniers succès du Jazz, la paupière s’alourdit puis se referme…
Bonne nuit .
Philippe Leclercq

Merci Philippe ! pour cette journée D'Ivan Denissovitch en moins froid (Soljénitsyne)

Lakanal année 1959-1960 première Science-Ex, Bernard 2e rangée à gauche en partant du haut près de Philippe.

classe-capello-1960 retoucheMessage de bernard le 7 avril 2011,

      Photo envoyée par Philippe Leclercq...Le jeune crétin qui prend la pose , c' est moi à côté de Mam et , derrière ,le troisième à partir de la gauche , c 'est Leclercq , celui qui m' envoie la photo mais je crois que tu la connais déjà ( l' autre qui prend la pose de profil, c' est Besnard viré à la fin de l' année pour provocations multiples...).
      Pour la coïncidence entre les dates 42-69 , c' est étonnant ...On était vraiment faits pour se rencontrer!!! Je n' y avais jamais pensé et je ne suis pas sûr que ce soit si fréquent..."

lakanalporte

L'entrée des Penscos

bernard philippe 010

frères d'armes

NOTES LAKANAL

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francois-du-pain!-versailles

François aux grilles de la cour de Versailles

Bob Dylan, Blind Willie Mc Tell

Cher François,

Nous avons vécu un instant privilégié, nous étions trois ds ce café, nous avons conversé avec notre Nanard et tes attitudes, tes expressions m'ont ému. Il n'a cessé de nous accompagner et j'étais content de constater que la lignée de Nanard n'était pas éteinte. Il doit être fier d'avoir un fils comme toi. Merci pour ces images vivantes reçues. Elles témoignent d'une joie de vivre et d'un bonheur qu'il a toujours fréquenté et distribué au cours de sa vie.
Merci, nous resterons en contact ce qui permet de prolonger une amitié inaltérable.
Je t'embrasse
Philippe.
N.B une panne informatique (tempête bretonne) m'a privé d'Internet, c'est la raison de cette réponse tardive.

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-- Mes chers amis,

Les liens qui m'unissent à votre cher Bernard ont été intenses toute ma vie et le seront jusqu'à la fin. J'ai la certitude que l'éloignement n'est pas un obstacle à la grande affection que j'ai pour lui. Nanard (c'est comme ça que je l'appellais) sera toujours présent. Merci beaucoup pour les photos où je le retrouve sans l'avoir jamais perdu de vue. Vous pouvez être fier de lui, sur tous les plans. Il vous a rendus heureux comme il m'a rendu heureux pendant toutes ces années passées ensemble au "bahut". 
Je poursuis mes recherches et dès que je retrouve d'autres photos, je vous les transmets.
Je vous embrasse car vous faites partie de ma famille. Mes filles l'aimaient beaucoup. Elles m'en parlent souvent quand elles me voient regarder "la grande librairie" .
Je mesure la chance que j'ai eue de grandir avec lui !
Je suis très ému de vous présenter mes voeux car le souvenir de Bernard, mon Nanard m'accompagnera jusqu'au bout.

jeanne_noemie_papaJeanne, Noémie et Philippe le père

Copie de meeting 002Bernard lors d'une virée nostalgie avec Philippe, près de Lorient, dommage pour Mam situé à Sauzon à Belle-Ile-en mer,  Clicli vint de sa chère Ile de Ré.

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Coucou François,

J'ai trouvé cette présentation illustrant assez fidèlement la période de notre enfance.
Bizz

Les plus forts .......envoyé par Philippe : GENERATION ZOZOS

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Bonjour mon cher François,

Je reçois à l'instant le témoignage de Boby qui m"apporte le souvenir de notre Nanard. Quelle délicatesse ! Merci encore pour ces nombreuses marques affectives qui à chaque fois me touchent profondément.

Je t'embrasse

https://drive.google.com/open?id=0B-AyOnduijGxQmN5SVRCWHNiT1ZHUnBMMXJYSTFieFBnWUh3

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       PapClick Me!, MamClick Me!et Maki